
Performative Love, performative men, performative activisme… On court derrière le « moi je fais mieux »
C’est quoi “Performatif” ?
À l’origine, « performatif » c’est pas tant une action, c’est une parole qui change le réel (promettre, nommer, déclarer). Aujourd’hui, on dit « performatif » pour des gestes vitrine, le paraître. En bref ça sonne bien, mais rien ne change
Cas 1 : Performative love
L’amour performatif est plus courant qu’on ne le pense. Il ne concerne pas que le couple, on le voit entre parents, dans la fratrie, avec les ami·es. C’est une affection mise en scène pour être vue, validée, approuvée. Elle donne des signes visibles (photos, grands gestes, belles phrases) qui renforcent l’image et l’ego, mais ne créent pas de sécurité. On y cède souvent parce que les normes sociales le demandent : « on achète », « on se marie », « on fait un enfant ». Ces étapes « attendues » deviennent des preuves d’amour et de statut.
L’amour non performatif est plus discret et donc moins sexy, présent de façon constante, ajusté aux besoins réels, même quand ce n’est ni esthétique ni pratique. Il n’a pas besoin d’être vu comme « bon », il est ressenti.
Cas 2 : Performative men
Le “performative male”, c’est un homme qui met en scène une image de mec “déconstruit”, dans le lore des réseaux il a un tote bag à la main, des références féministes et un discours bien rodé, tout est pensé pour être remarqué et validé. Cette posture sert souvent à se donner une image rassurante et sensible. C’est aussi une stratégie de séduction pour montrer qu’on est “du bon côté” pour inspirer confiance, plaire à des femmes féministes et progressistes et obtenir plus facilement leur attention, leur admiration ou leur confiance. Le problème, c’est que cette image est très superficielle et relève de la manipulation.
Chez Judith Butler, qui est philosophe et travaille sur les questions de genre, l’idée est que le genre se construit dans la répétition des actes et des comportements du quotidien. Autrement dit, ce ne sont pas seulement les mots, les signes extérieurs ou l’image affichée qui comptent, mais ce qu’on fait réellement. Donc si, dans la vie de tous les jours, un homme ne partage pas la charge mentale, coupe la parole aux femmes, monopolise l’espace ou laisse passer les propos sexistes de ses amis, alors son vernis “féministe” ne vaut pas grand-chose. L’emballage peut sembler progressiste, mais les rapports de pouvoir, eux, restent les mêmes.

Crédit photo: Parker Coffman
Cas 3 : Performative activisme
L’activisme performatif, c’est quand on adopte surtout les signes visibles de la justice sociale pour être perçu comme quelqu’un de bien, informé ou engagé. Sur les réseaux sociaux, ces signes sont très mis en avant, donc ils occupent souvent plus de place que le travail de fond. Par exemple, on peut relayer beaucoup de contenus sur une cause sans jamais soutenir les personnes concernées, ni changer ses pratiques. Une marque peut aussi afficher des valeurs progressistes dans sa communication sans remettre en question ses propres fonctionnements. Le problème n’est pas le militantisme en ligne en lui-même car il peut informer, mobiliser et faire circuler des causes importantes. Ce qui pose question, c’est quand l’engagement s’arrête à l’image qu’on renvoie. Dans ce cas, il sert davantage à montrer son appartenance, à préserver son confort ou à valoriser sa réputation qu’à transformer réellement les rapports de pouvoir, les règles ou la répartition des ressources.
Il y a quoi derrière cette course
à la performance ?
Ce qui nourrit la course à la “performance”, c’est surtout des contextes où l’engagement devient visible, évalué et récompensé. Les réseaux sociaux renforcent fortement cette logique, parce qu’ils exposent les prises de position, les réactions et les signes d’approbation. Dans ce cadre, il est souvent plus simple de montrer qu’on est engagé que de rendre visibles les efforts plus profonds, plus coûteux ou moins spectaculaires.
Cela ne veut pas dire que les réseaux produisent seulement du vide. Ils peuvent aussi diffuser une cause, coordonner des actions et soutenir des mobilisations réelles. De la même manière, le performatif existe aussi hors ligne, dans les discours d’entreprise, les prises de position institutionnelles, ou les comportements individuels qui affichent des valeurs sans en assumer les conséquences concrètes.
Le problème apparaît quand l’image de l’engagement prend plus de place que ses effets. Autrement dit, quand la preuve de vertu compte davantage que la preuve d’impact.
Sources
Crédit image : visuel réalisé par 2KIND pour 2kind.fr. Les photographies utilisées en fond et au premier plan ont été prises par le photojournaliste Minh Connors lors du concours de performative male organisé à Alamo Square Park, à San Francisco.
Source de l’article :
The Conversation, « Let ‘performative males’ be – gender has always been a performance and our need for authenticity is bad for us »







