Le mot « pick me » est misogyne

25 mars 2026
L’image est un collage type “affiche” sur un fond violet texturé. En haut, on lit « Pick Me! » en grandes lettres multicolores au style découpé, avec des traits d’exclamation dessinés. Derrière, plusieurs marguerites blanches à cœur jaune sont illustrées. Au premier plan, cinq femmes sont détourées et placées côte à côte : à gauche, une femme blonde tend le poing vers l’objectif ; à côté, une femme en manteau de fourrure regarde sur le côté ; au centre, une femme blonde au regard levé semble émue, les yeux brillants ; à droite, une jeune femme en robe fleurie sourit légèrement ; tout à droite, une femme en tenue type blouse médicale regarde vers la gauche. L’ensemble donne une ambiance pop, humoristique et “meme”.

Ne plus utiliser le mot « pick me » ou refuser de réduire les femmes à une caricature de plus.

Depuis quelques années, le terme “pick me” s’est imposé dans le langage courant. Ce n’est plus un mot de niche, sur internet, c’est devenu un réflexe.

Donc, une “pick me”, c’est quoi ?

Ce n’est pas juste une femme qui aime des choses caricaturalement associées aux hommes. Le terme décrit plutôt une posture : celle d’une femme qui cherche l’attention ou la validation des hommes en se présentant comme “différente des autres”, parfois au détriment d’autres femmes. Le vrai sujet, ce ne sont pas ses goûts personnels. C’est le fait de chercher dans le regard masculin une forme de valeur.

Dans “pick me”, il y a l’idée de dire : “choisis-moi”. Être une “pick me”, c’est chercher à être vue, préférée et cueillie.

À la base, le terme servait à pointer une misogynie intériorisée : le fait de reprendre, contre d’autres femmes, les codes d’un système sexiste. Mais sur TikTok et les autres réseaux, le mot s’est peu à peu élargi, jusqu’à parfois perdre son sens. Aujourd’hui, on traite facilement de “pick me” des femmes qui ne correspondent pas au script attendu.

C’est quoi le vrai problème ?

On a toutes grandi dans un monde qui apprend aux femmes à être regardées, validées, désirées, choisies. Exister ne suffit pas, il faut en plus prouver que toi, au moins, tu es plus simple, plus douce, plus cool, plus acceptable que “les autres”.

On parle souvent des “pick me” comme d’un problème individuel. Pourtant, il y a aussi une logique collective derrière ça. On nous fait souvent comprendre qu’il n’y aurait de place que pour une seule femme “valable” à la fois : la plus belle, la plus intelligente, la moins “chiante”, la plus “naturelle”, la plus “pas comme les autres”. C’est une forme de tokenisme, c’est-à-dire une inclusion surtout symbolique des groupes minoritaires pour éviter les accusations de discrimination. Ici, cela revient à accepter une femme, mais pas plusieurs. Pas une diversité de femmes. Et cette logique alimente la comparaison permanente, entre artistes, créatrices, collègues ou même amies.

Quand un système met les hommes au centre.

il peut devenir tentant de chercher sa place ou sa sécurité près d’eux, même si cela se fait au détriment d’autres femmes. C’est parfois une manière de survivre socialement. Mais cette stratégie finit par renforcer le système même qui met les femmes en concurrence.

Ce que ça coûte.

Être choisie ne rend pas forcément heureuse et n’apporte pas toujours la paix. Parce que si ta place dépend du regard masculin, elle reste fragile. Il faut continuer à performer, à rassurer, à ne pas déranger, à tenir le rôle attendu. Et au final, on peut être visible sans jamais être réellement respectée.

Le piège, c’est que même lorsqu’une femme reprend exactement les codes qu’un public misogyne veut entendre, elle ne sort pas du système. Les recherches sur le sexisme montrent une double logique : le sexisme dit “bienveillant” valorise les femmes qui restent dans le rôle attendu, tandis que le sexisme hostile punit celles qui s’en éloignent. Dans les deux cas, la hiérarchie ne change pas. On peut être validée un moment, sans jamais être considérée comme l’égale des hommes.

trois personnes sont allongées côte à côte sur un lit/draps blancs froissés. Elles portent des tenues noires et forment une composition en triangle. Leurs têtes sont rapprochées, les cheveux étalés sur le tissu (dont une longue chevelure blonde et une autre avec une mèche rouge visible). L’ambiance est douce et minimaliste, avec une lumière naturelle et un contraste net entre le noir des vêtements et le blanc du décor.

Crédit photo : Valentina Giarre

Ce que la solidarité féminine change.

La solidarité entre femmes peut être un vrai point d’appui. Les recherches sur les liens sociaux montrent que les amitiés et soutiens entre femmes sont associés à plus d’estime de soi, plus d’espoir, plus de soutien perçu, et à de vrais bénéfices psychologiques. Côtoyer des personnes qui ne cherchent ni à te consommer, ni à te rabaisser, ni à te faire rentrer dans un rôle, ça change profondément la façon dont tu te regardes toi-même.