
Pratiques festives, sentiment de sécurité et violences sexuelles et discriminatoires en France.
En 2025, Consentis publie une enquête nationale menée auprès de plus de 3 000 personnes. Le constat est que la fête reste un espace de plaisir, de culture et de lien social, mais pas un espace égal pour tout le monde. Pour beaucoup de femmes, de personnes trans, non binaires et LGBTQIA+, sortir implique encore de calculer, d’anticiper et de contourner les potentiels risques.
Des chiffres qui permettent de regarder la réalité en face.
La nuit n’est pas vécue de la même manière selon le genre et l’orientation sexuelle.
Plus de 8 femmes cis, femmes trans et personnes non binaires sur 10 déclarent avoir subi des violences sexuelles en milieu festif.
69 % des personnes LGBTQIA+ ont déjà vécu au moins une agression sexuelle en milieu festif.
24,9 % des répondant·es ont déjà subi au moins une violence LGBTQIA+phobe, verbale ou physique.
10 % des répondant·es déclarent avoir déjà été violé·es en milieu festif.
70,2 % des personnes interrogées citent les violences sexuelles comme l’une des principales raisons pour lesquelles elles se sentent en insécurité en milieu festif.
Ces chiffres ne décrivent pas des cas isolés. Ils montrent que, pour beaucoup de personnes, la violence fait encore partie de l’expérience festive : elle influence les lieux que l’on choisit, les déplacements, les comportements et les stratégies de protection.
Ce sentiment d’insécurité est particulièrement élevé chez les femmes cis, les personnes trans et les personnes non binaires, encore davantage exposées aux violences, aux discriminations et au manque de protection. Pour beaucoup, sortir signifie donc anticiper : vérifier le lieu, penser au retour, rester avec son groupe, repérer les issues, surveiller son verre. Le plus frappant, c’est la répétition : on ne parle pas seulement d’un incident, mais d’un risque connu, anticipé, parfois déjà vécu plusieurs fois.
Quand la sécurité devient une stratégie.
82,2 % des répondant·es considèrent que se rendre en milieu festif en groupe les aide à se sentir plus en sécurité.
74,9 % citent le fait de ne pas laisser leur verre sans surveillance comme une stratégie de protection.
70,5 % estiment que faire attention à leur consommation d’alcool ou de drogues contribue à leur sentiment de sécurité.
69,3 % déclarent que fixer des points de rendez-vous avec leurs ami·es permet de mieux se protéger pendant la soirée.
Les personnes interrogées décrivent une série de gestes de protection devenus ordinaires. Pris séparément, ces gestes peuvent sembler simples. Mais mis bout à bout, ils montrent une charge mentale constante, parce que pour certaines personnes, la soirée commence déjà avec des calculs et des stratégies à mettre en place.
Comme le résume un témoignage anonyme, « notre soirée est à moitié gâchée ». La fête n’est donc pas seulement un moment de détente, elle devient aussi un espace où il faut rester vigilant·e, parfois du début à la fin. À l’inverse, d’autres témoignages montrent que des dispositifs visibles comme les safe zones, les stands VHSS ou les personnes référentes peuvent réellement changer le sentiment de sécurité : « là, je me sens en confiance ».
Source : témoignages anonymes, Consentis (2025), Nos nuits sous tension.

Crédit photo : Iheb Fehri, 2025 (PEW) Sur la photo : Domitille Raveau
Tous les lieux de fête ne se valent pas face à la sécurité.
Les boîtes de nuit, raves et bars sont considérés comme les lieux les plus insécurisants.
Dans les milieux festifs LGBTQIA+, le sentiment d’insécurité est beaucoup plus faible : il varie entre 8,7 % et 11,1 % selon le genre.
L’enquête montre des écarts nets selon les espaces. En boîte de nuit, 63 % des personnes non binaires, 46,4 % des femmes trans, 45,2 % des hommes trans et 48,7 % des femmes cis déclarent se sentir en insécurité, contre 20,4 % des hommes cis. À l’inverse, les milieux festifs LGBTQIA+ sont perçus comme bien plus sûrs. Cela rappelle qu’un lieu n’est pas protecteur par hasard, parce que c’est l’organisation, la prévention, la culture d’accueil et la capacité à prendre au sérieux les violences qui changent concrètement l’expérience.
Des publics vigilants ne remplacent pas des lieux responsables.
83,1 % des répondant·es considèrent que les établissements festifs ont une responsabilité centrale dans la prévention des violences.
78,2 % estiment que les organisateur·ices d’événements ont aussi un rôle central à jouer.
76,2 % reconnaissent que les individus ont une part de responsabilité, mais celle-ci ne peut pas remplacer l’action des lieux et des équipes.
48,2 % identifient les autres fêtard·es comme des maillons possibles de la sécurité collective.
41 % citent les associations de prévention comme des actrices importantes, ce qui montre aussi l’enjeu de mieux rendre visibles leurs dispositifs sur place.
Les établissements, les organisateur·ices et les équipes ont un rôle direct à jouer dans la sécurité des publics. Quand un signalement est minimisé, les personnes exposées se retrouvent seules face au risque : « J’ai signalé un mec qui m’a pelotée, le sécu m’a dit : “Calme-toi, tout va bien”. » À l’inverse, quand les dispositifs sont visibles et que les équipes prennent les situations au sérieux, cela change concrètement l’expérience : « Une fois, un bénévole VHSS m’a crue, m’a aidée, et a fait sortir l’agresseur. J’ai pleuré de soulagement. » La prévention ne s’arrête pas uniquement à l’affichage, elle doit être identifiable, accessible et portée par des personnes formées. Une soirée plus sûre repose sur des règles claires, des relais visibles et une vraie responsabilité partagée.
Source : témoignages anonymes, Consentis (2025), Nos nuits sous tension.
5 pistes pour rendre la fête plus sûre.
- Renforcer la prévention ciblée : former les équipes à mieux comprendre les vécus des publics les plus exposés.
- Institutionnaliser la co-responsabilité : prévoir des référent·es, des protocoles de signalement et des engagements clairs.
- Rendre visibles les dispositifs communautaires : safer zones, stands et médiations doivent être identifiables dès l’entrée.
- Valoriser la diversité : la représentation sur scène et dans les publics change le sentiment de légitimité.
- Documenter et évaluer : mesurer, écouter et ajuster pour agir à partir des faits.
La prévention ne s’improvise pas. Elle doit être pensée en amont, financée, portée par des équipes formées et visible pour les publics dès leur arrivée. Elle doit aussi être évaluée dans la durée, pour comprendre ce qui fonctionne, corriger les angles morts et adapter les dispositifs aux réalités du terrain.
Nos nuits ne devraient pas rester sous tension.
Nos nuits devraient être des espaces de liberté, de culture, de lien et de plaisir. Mais l’enquête 2025 de Consentis rappelle que les espaces festifs ne sont pas vécus de la même manière par tout le monde. Les femmes cis, les personnes trans, les personnes non binaires et les personnes LGBTQIA+ restent particulièrement exposées aux violences sexuelles et discriminatoires. Pour beaucoup, sortir demande encore d’anticiper, de se protéger, de surveiller son environnement et d’adapter ses comportements pour réduire les risques.
Cette enquête ne cherche pas à prouver que les violences existent. Elles sont déjà là, dans les récits, les stratégies d’évitement et les signalements minimisés. Elle sert à rendre ces vécus visibles et à donner des outils pour agir. La prévention ne peut pas reposer uniquement sur les publics. Les établissements, les organisateur·ices, les équipes, les associations et les collectivités ont aussi un rôle à jouer. Une fête plus sûre demande des dispositifs visibles, des équipes formées, des règles claires, des espaces d’écoute et une vraie prise au sérieux des violences. Nos nuits sous tension est un appel à transformer durablement les espaces festifs pour que chacun·e puisse en profiter avec le même niveau de sécurité, de respect et de légitimité.
Sources
Consentis (2025), Nos nuits sous tension : pratiques festives, sentiment de sécurité et violences sexuelles et discriminatoires en France
consentis.info/enquete
Crédit photo : Réalisation graphique par 2KIND de l’enquête Nos nuits sous tension et des flyers pour Consentis.
Bannière réalisée par 2KIND pour 2kind.fr, à partir d’éléments visuels issus de la campagne Consentis.











