
Ecriture et santé mentale.
« L’écriture, c’est le cœur qui éclate en silence » Christian Bobin
Parfois, l’écriture, c’est le premier endroit où la douleur peut s’exprimer.
On parle souvent de la santé mentale avec des mots médicaux : « symptômes », « crise », « diagnostic », « traitement ». Ces mots sont nécessaires. Mais ils ne disent pas vraiment ce que l’on vit. Au-delà de l’évaluation et de la prise en charge, il manque souvent un espace pour raconter l’expérience, avec sa complexité, et ce qu’elle bouleverse chez l’autre.
C’est là que l’écriture prend toute sa place. Au-delà de sa dimension artistique, écrire peut devenir un appui, permettre de nommer ce qui tourne en boucle, de mettre des mots sur des émotions comme la peur, la honte, la colère ou la joie, et finalement de leur donner toute leur grandeur.
L’écriture comme pratique cathartique.
L’idée est qu’écrire sur ce que l’on vit peut aider à mettre de l’ordre dans ses émotions, à relâcher certaines tensions et exprimer ce qui était resté enfoui, refoulé. Grâce à sa dimension cathartique, l’écriture permet de nommer, de préciser et de mieux comprendre ses émotions et son vécu. Elle peut donc soutenir, apaiser et offrir un espace de décharge émotionnelle.
Dans les années 1980, le psychologue James Pennebaker a étudié les effets de l’écriture sur le bien-être. Ses travaux montrent qu’écrire sur son vécu peut aider à mieux l’accepter, à améliorer le sommeil et à favoriser des relations sociales plus apaisées. C’est aussi pour cette raison que les ateliers d’écriture thérapeutique sont utilisés dans certains hôpitaux, en complément du soin, notamment pour accompagner des personnes confrontées à des troubles psychiques ou à des maladies lourdes.
L’écriture manuscrite est thérapeutique.
L’écriture à la main a aussi toute son importance dans ce processus de décharge émotionnelle. Elle est plus lente, plus physique, plus ancrée. Des travaux en neurosciences et en sciences cognitives montrent qu’elle ne mobilise pas l’attention, la mémoire et les gestes de la même façon que l’écriture au clavier. Le geste de la main aide davantage à se recentrer.
Inès Saab, autrice : « L’écriture a été vitale dans mon parcours de soins et de rétablissement en psychiatrie »
« Concernée par un trouble bipolaire et un parcours en psychiatrie long et lourd, l’écriture
a été pour moi un véritable vecteur de rétablissement. Peu de temps après mon diagnostic, j’ai entrepris d’écrire un témoignage sur mon parcours de patiente.
L’écriture a été essentielle dans mon processus de reconstruction identitaire dans un moment où je ne me reconnaissais plus. L’écriture de ce témoignage a permis la structuration d’un récit de soi organisé et cohérent.
Écrire a été indispensable à cette période charnière, caractérisée par de nombreuses ruptures de vie : cela m’a permis de gagner en autonomie et empowerment ».
Son texte rappelle quelque chose d’essentiel.
Écrire peut soutenir l’autonomie et la capacité d’agir, surtout dans les périodes troubles. Ca permet parfois de retrouver un peu de voix, un peu de sens, et de pouvoir sur ce que l’on raconte de soi-même. L’écriture devient alors un lieu de dépôt.
De l’écriture personnelle à la transmission des récits.
Cette place importante de l’écriture dans son parcours se prolonge aujourd’hui avec La Manufacture des Mémoires, son activité de biographe. Inès y accompagne des personnes qui souhaitent raconter et transmettre leur histoire, à partir de leurs souvenirs, de leur parcours et parfois de recherches autour de leur histoire familiale. Après plusieurs entretiens, elle transforme cette matière en un récit de vie structuré, qu’elle écrit, réécrit et corrige avant de le remettre sous forme numérique ou, selon le projet, de livre imprimé. Une autre manière de travailler avec l’écriture, cette fois au service de la mémoire et de la transmission.
Découvrir son travail : https://lamanufacturedesmemoires.fr/
Sources
Crédit image : collage réalisé par 2KIND. Photo de fond : Inès Saab : La Manufacture des Mémoires. Photo à droite : Aaron Burden : Unsplash
Frontiers in Psychology : Writing Words: From Brain to Hand(s)
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Van der Weel, F. R. & Van der Meer, A. L. H. : Handwriting but not typewriting leads to widespread brain connectivity
Consulter l’étude
James W. Pennebaker & Joshua M. Smyth : Écrire pour se soigner : La science et la pratique de l’écriture expressive
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